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Florabellio

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Florabellio

est un paysage olfactif, un
fragment de mémoire, abolissant
les frontières entre souvenirs et réalité.
Un instantané de nature, un chemin qui
nous mène du bocage à la grève.

Au premier plan,

les embruns, vivifiants et
salins, se mêlent à l’âpreté végétale
de la criste marine. Puis la mise au point se
fait autour de la fleur de pommier, douce
et charnelle, épaulée d’une vapeur
abricotée d’osmanthus.

En arrière plan, telle une illusion
d’optique, surgit une effluve de café
torréfié, aux accents grillés de sésame,
tout à la fois étrange et familière.

Florabellio

Un sillage floral, abolissant les
perspectives entre terre et mer, fleur
et fruit, douceur et amertume... le nez
pointé vers des rivages infinis.

Philippe Claudel

Ecrivain

Ecrivain traduit dans le monde entier, Philippe Claudel est aussi cinéaste, dramaturge, et enseignant au sein de l’Institut Européen de Cinéma et d’Audiovisuel.

Depuis 1999, il a publié près d’une trentaine de livres, dont Les Âmes grises, La Petite Fille de Monsieur Linh, Le Rapport de Brodeck, Parfums; romans et recueil de textes qui ont connu un grand succès public et ont été couronnés de plusieurs prix.

En 2008, sort sur les écrans son premier film, Il y a longtemps que je t’aime, qui sera couronné par deux César, une reconnaissance internationale ainsi que de nombreuses récompenses dont deux nominations aux Golden Globes et le Bafta du meilleur film étranger.

Membre de l’Académie Goncourt, il réside en Lorraine où il est né en 1962.

Florabellio

C’est une saison qui commence. Il y a de pâles angles bleus dans lesquels le vent de la mer amasse des nuages ronds, ventres salés d’écume arrachée aux vagues qu’on entend, parfois, comme des rumeurs clamées au-delà de l’horizon par des peuples doucement en colère.

C’est une saison qui recommence, dans une vie qui prend à ses débuts le fil du temps et l’entoure d’une boucle fragile autour du doigt d’un enfant. Tout se mêle ici dans la beauté d’une lumière poudrée et celle des pluies qui tombent, brèves et tièdes, sur les pommiers en fleurs dont les corps un peu couchés paraissent vouloir boire le lait vert de l’herbe toute neuve.

Je marche sur le sentier aux fossés emplis de violettes, de ruisseaux passagers, échevelés d’algues mauves et qui bougent, bougent, bougent. Je marche dans les jours et les ans, ne sachant plus vraiment qui je suis, ni quel est mon âge tant la marche dans le lieu de l’enfance parvient à faire se rejoindre le présent et l’hier, et à nous livrer ainsi, pour une seconde, au vertige illusoire de la mort du temps.

On ne revient jamais assez là où l’on a vécu. Il y a ici tant de choses familières que je pourrais aller les yeux fermés, que je vais les yeux fermés, sur le chemin qui déroule sa belle indifférence entre les prés, parmi les faibles meuglements des vaches, le cri lointain des chiens de ferme, les bruissements d’argent des peupliers. Les lieux où nous allons, les lieux où nous vivons, sans qu’ils le veuillent, nous parlent de nous-mêmes.

Je marche toujours, et je respire ma vie. De combien de pas et d’aventures sans grandeur, le sentier est-il fait ? Des êtres qui l’ont foulé, que garde-t-il dans ses cailloux et sa terre ? Noces et funérailles s’enroulant toutes deux du parfum vénéneux des couronnes de lys, convois de la vie et de la mort, rondes enfantines aux mollesses de guimauve, processions de novices dont les marguerites piquent de blanc les coiffes sages, titubante errance de poètes ivrognes aux senteurs de moût enrobés de vociférations mystiques, petits pas entimidés de fiancés rosissant, qui osent à peine se prendre par la main. Il y a tous les parfums dans le corps du sentier et dans ma promenade qui me fait monter haut, vers la lisière des champs, celles des rêves et des littératures, derrière laquelle, je le sais, la mer au loin comme un autre pays promet les voyages de girofle, de cèdre et de santal.

C’est ici aussi, dans les méandres du sentier, dans ses creux d’ombre et ses ornières, que dorment les premiers baisers tremblants à demi-volés sur des lèvres de douze ans, alors la voûte du ciel allume ses premières étoiles marines, dans les étés de géraniums et de pétunias, tandis que ma mère qui me croit endormi dans ma chambre arrose les parterres de fleurs du petit jardin qui cerne la maison, en chantonnant une mélodie ancienne qui lui rappelle, je le sais, sa propre mère et son corps épuisé de lavandière allant à la rivière.

Le bruit de l’eau sortant de l’arrosoir en fer blanc et que ma mère disperse sur les fleurs est lui aussi une musique qui soudain me revient, et avec elle l’odeur de la terre chaude du jour, craquelée en sa surface comme un gâteau un peu trop cuit, et que les gouttes d’eau amollissent en répandant autour d’elles des senteurs de bienveillant sépulcre, discrètes prémices hivernales fichées dans la chair du plein été.

Elles sont là, je les entends, les petites amoureuses, derrière le bosquet d’aubépine, riant dans leur mystère de dents de lait et de joues crème. Je les sais toujours vivantes, mes belles et mes douleurs. Je pourrais aisément quitter le sentier, passer la clôture, me courber un peu sous les branches basses des pommiers roses et blancs, fouler l’herbe du pré le long du regard aux longs cils bruns des vaches allongées, m’approcher des chants, des rires et du hallier, goûter dans un tourbillon, et comme une liqueur une fois encore, des images, des saisons, des âges et des minutes, les sueurs poivrées, le rouge acide des pommes sur nos langues, la pliure de cuir neuf des feuilles de noyer que nous déchirions à l’automne, la poussière des chaumes en noires lignes dans le pli humide de nos coudes, les gouttes de sang perlant des griffures, l’ébouriffante caresse des grandes ombellifères après les orages qui nous précipitaient dans la barque des granges pour des croisières de foin blond, côte à côte, comme sur le pont des grands navires dont nous voyions les voiles dessiner des songes géométriques sur la mer, la mer qui était comme la vie alors, infinie, lointaine, inexorablement présente dans son mystère tour à tour mobile et d’argent, son odeur de corps bouillonnant et froid.

Il me reste, en respirant, alors que le sentier s’élève et me force à ralentir mes pas, la caresse de mon âge qui confond en une magie tous les âges vécus et les âges rêvés, comme si dans un parfum qui serait notre moi véritable, se mêleraient l’odeur des rires et des voix de l’enfance, la patine usée des joues de vieilles femmes, luisantes comme luisent les fruits gardés dans les celliers d’automne et qu’on embrasse en songeant au sommeil, les grands draps séchés par le vent, les rêves poursuivis en lisant de vieux romans d’aventure tout chargés de goudron, de bois précieux, de musc, de gréements malais et de langues orientales, et quantité de choses encore, de musiques, de caresses, de mots murmurés, de promesses, de bibelots immatériels qui s’entassent dans le fatras sublime de nos étranges existences, qui sont des voyages, toujours.

Demain le sommeil aura effacé les trop vives senteurs. Ne demeureront du sentier qu’un méandre de brume et de la promenade une traîne évanouie, un bouquet abandonné, le sillage d’un navire, le vol circonflexe d’un goéland, l’éclat d’un rire, le grain d’une peau noire, une ombre sur la mousse, un pétale de pensée jaune et parme qui voltige dans l’air avant de se poser sur le dos d’un criquet.

Endormi toujours un peu je me tournerai sur le flanc, respirerai ta nuque, les yeux encore clos, et contre mon bras lourd je serrerai le temps.

Philippe Claudel
pour diptyque,
à propos du parfum Florabellio.

Safia Ouares

Illustratrice

De par son parcours et sa personnalité, Safia Ouares ne s'est jamais enfermée dans la vision classique des arts visuels. Elle manie aussi bien les outils négligés de la gravure et la sérigraphie que ceux de la vidéo. C'est pour cela que des maisons de Luxe, qui doivent allier les contradictions de l'héritage et de l'hypermodernité de ses clients font appel à elle. C'est d'un oeil libre

qu'elle s’inspire des motifs de la nature et de la mythologie, qu’elle perçoit formes et substances pour interpréter notre univers. C'est dans cette poésie qu'elle évoque aussi ses voyages dans les mégapoles du monde et dans les réminiscences du jardin de sa grand-mère, aux senteurs méditerranéennes de coriandre, de citron et de menthe poivrée.”

Fabrice Pellegrin

Parfumeur

Quelle est votre vision de la création de Florabellio ?

"Je souhaitais une fragrance aussi puissante et intense qu’un souvenir peut l’être. Retranscrire la sensation de bien-être que l’on peut ressentir en Normandie lorsque l’on ferme les yeux et que l’on perçoit le vent de la mer, les embruns marins et l’odeur si singulière des sentiers bordés de pommiers en fleurs. Un parfum d’ouverture et de plaisir... une échappée belle".

Quelles sont les spécificités de cette fragrance ?

"La fleur de pommier que j’ai d’ailleurs utilisée en overdose, elle compose plus de 50% de la fragrance. L’essence de fleur de pommier en tant que tel n’existe pas, les fleurs sont trop fragiles et trop peu nombreuses pour que l’on puisse en extraire le parfum. Nous avons réalisé, spécifiquement pour Florabellio, une reconstitution de leur parfum à partir d’une palette de matières premières naturelles et synthétiques. Cette fleur de pommier nous surprend par ses multiples facettes, et apporte à la fragrance ses notes aériennes, lumineuses, croquantes et rayonnantes.

  • Les embruns marins, aquatiques et salés, qui donnent à la fragrance un caractère unique et distinctif.
  • Le café qui apporte des notes « gourmandes », intenses et chaudes presque liquoreuses. Un bel équilibre entre force et douceur".
Quelle a été l’inspiration de cette fragrance ?

"L’histoire a commencé il y a sept ans. Christiane Gautrot m’avait alors confié ses souvenirs d’enfance en Normandie, à Barfleur plus précisément. Des souvenirs si précis qu’elle pouvait me décrire les odeurs qui les illustraient. Des odeurs de café et d’embruns marins mêlés à l’odeur si délicate et délectable des pommiers en fleurs. J’ai par la suite vu les photos de Terri Weifenbach qui m’ont apporté les couleurs, les nuances et la profondeur".

Fabrice Pellegrin porte Grasse en son sang. Fils de parfumeur, petit-fils d’une grand-mère adorée cueilleuse de jasmin et d’un grand père dans la production de matières premières, Fabrice ne peut se passer de sa terre. Grasse, ce sont les oliviers, les cyprès, les espaces verts, le soleil, les cigales, les sourires, les amis, la douceur de vivre…mais aussi le temps passé à partager avec les anciens. « Les grassois sont des personnes secrètes qui gardent précieusement leur savoir. Mais quand ils partagent, ils donnent entièrement. »

Fabrice Pellegrin a été formé au sein de l’entreprise « au contact des gens ». Il a observé l’ensemble des étapes traversées par les matières premières au fur et à mesure de leur parcours. Fabrice associe deux activités. ¨Parfumeur créateur, il s’occupe aussi du développement des produits naturels de Firmenich. Depuis quinze ans, il partage son temps entre Paris et les laboratoires de recherche de Grasse.

Ce créateur généreux et sincère prend beaucoup de plaisir à expliquer aux élèves des écoles locales le métier de parfumeur. Il insiste sur l’importance de la transmission. Ce n’est pas complètement un

hasard si son fils ainé se destine au même métier. Il croit profondément en la pédagogie. « Il faut être dans la communication et l’échange, toujours ouvert. On ne détient pas la vérité. La parfumerie, comme la mode, redessine, crée des tendances, réécrit… ».Pour lui, rien de plus flatteur que d’être copié.

Cet homme réservé, à l’écoute, attentif à « ne pas parler pour ne rien dire » aime les échanges avec les clients dont certains le suivent depuis des années, pareil à une bonne étoile.

Le parfumeur est superstitieux. « Dans notre métier, la chance a véritablement sa place. Parfois on crée trop tôt. Il y a donc une part de hasard, une histoire de timing ». Cette fameuse chance semble lui avoir souri et son chemin est parsemé d’heureuses et enrichissantes rencontres.

Fabrice illustre par son humilité et sa persévérance les deux qualités indispensables à l’exercice de son métier. Au dos de sa montre, il a gravé les morts « carpe diem ». Même si l’horloge rappelle à l’impatient le temps qui passe, cette maxime révèle ce qui compte le plus aux yeux de ce brillant parfumeur : SAVOIR PROFITER.

Terri Weifenbach

Photographe

Née à New York en 1957, Terri Weifenbach a grandi dans le Maryland. Elle est photographe et enseigne également à l’Université de Georgetown et à l’Université de Washington. Durant ces quinze dernières années, son travail a fait l’objet de nombreuses expositions à travers le monde, et a intégré de prestigieuses collections - Sir Elton John Photography Collection, Museum Ludwig à Cologne, Museum of Photographic Arts à San Diego -. Elle est l’auteur de plus d’une

douzaine d’ouvrages, souvent en édition limitée, deux des plus reconnus s’intitulent « Lana » et « Politics of Flowers ». « Lana » est le nom d’un village situé au Sud des montagnes du Tyrol au Nord de l’Italie, où Terri a pris des photos durant trois voyages de 1998 à 2001. « Lana » rassemble des fragments de nature – arbres, fleurs ....- sublimés par des juxtapositions inattendues d’espaces et de surprenants mélanges de couleurs et de contrastes.

Inspiration

Cette aventure a commencé pour moi en 2006, lorsque Christiane Gautrot et Yves Coueslant ont décidé de prendre leur retraite. Ils m’ont alors confié deux petits flacons, des « idées olfactives », liés à des souvenirs prégnants de leur enfance, en me disant « c’est à vous, vous en ferez bien ce que vous voudrez… ». Les accords étaient très directs et intrigants, les décors étaient plantés, il fallait reprendre le fil de l’histoire, le travail de l’esprit sur la mémoire, transformer des odeurs en parfum avec l’aide de Fabrice (Pellegrin) qui avait débuté cette conversation avec eux.

Le souvenir d’Yves, a donné naissance à Volutes. Il était plus évident d’entrer dans cette narration, de l’écrire avec des matières premières odorantes, nous parlions de tabac miellé, de paquebot transatlantique, de femmes élégantes, des années 40’s….

Nous avons eu plus de mal à donner vie à l’idée olfactive de Christiane. Elle évoquait d’un parfum d’ouverture, un village normand baigné d’embruns, l’odeur des pommes que l’on met à sécher sur les claies à la fin de l’été, l’odeur familière et réconfortante du café torréfié qui s’ échappait de l’épicerie…comment accorder des facettes si différentes, recréer ce paysage olfactif ? Il nous a fallu plus de cinq ans avant de trouver le prisme, et ce au travers de la lentille de la photographe Terri Weifenbach.

Un de ses ouvrages, Lana, avait retenu mon attention car sa façon de capter la nature est à mon sens très proche de la façon dont la marque l’appréhende, tout à la fois rustique et sublimée. Un jeu de détail et de flou, des plans différents que l’on peut retrouver dans la façon de composer un parfum. En feuilletant ce livre, j’ai finalement découvert la matérialisation visuelle de ce que devait être le parfum que nous allions créer.

Lana est le nom d’un petit village en Italie. Terri s’y est rendu trois fois sur une période de deux ans et les clichés réalisés lors de son dernier voyage représentent des pommiers en fleur. J’ai partagé ma découverte avec Fabrice, qui a alors eu l’idée de faire un « captage » de fleur de pommier, c’est ce qui nous a donné un nouveau souffle.

L’essence de fleur de pommier représente presque la moitié de l’accord, c’est elle qui, accompagnée de l’osmanthus, du fenouil et de l’angélique, créée cet accord si singulier. Le café est l’accident olfactif qui signe la note, le souvenir de Christiane en est à l’origine.

Et pour mettre des mots sur ce souvenir olfactif, j’ai demandé à Philippe Claudel, dont le livre Parfums est une somme de récit qui nous entraîne dans l’intimité de sa mémoire olfactive, d’écrire un texte racontant FLORABELLIO…un voyage entre souvenirs et réalité, une promenade sur le chemin de la vie nous menant du bocage à la grève.

Myriam Badault,
Directrice de la création produit